SAISON 2 - EPISODE 7

 AMERICA OBSCURA

- Docteur Docteur !

- Monsieur Karras, quelle belle surprise, alors ces vomissements, ça va mieux, le traitement fait son petit effet ?

- Euh… oui oui, ça va beaucoup mieux, merci. Mais je ne suis pas là pour ça, j’ai quelque chose pour vous.

- Ah oui, et quoi donc ?

- L’autre jour, lors de ma consultation, vous m’aviez parlé des dossiers du vieux Lazarus. Vous vous souvenez ?

- Comment l’oublier, ces satanés dossiers auront ma peau.

- Il vous suffit de croire, d’ouvrir votre esprit encore un peu trop cartésien.

- Comprenez moi monsieur Karras, c’est un peu... comme dire ça poliment, étrange.

- Je comprends, ça peut paraître fou, mais cette ville toute entière est folle. Ce n’est pas un endroit comme les autres, il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter cet endroit. 

- J’ai vécu à Chicago vous savez…

- Mmh… Bon, je n’ai pas trop le temps de m'éterniser, on parlera de Chicago une autre fois. J’ai encore une remorque pleine de Freshnoon à livrer à l’Equitable Solution qui va ouvrir ses portes non loin de Willoughby. Bref, prenez ce magazine, page 32, j’y ai collé un post-it, ça devrait éclairer votre lanterne !

Artémus Jonas n’eut pas le temps de poser la moindre question, telles des apparitions furtives, Simon Karras et son vieux camion disparurent en quelques secondes seulement. L’épais nuage de suie noire lâché par le moteur diesel du vieux Mack R685 resta suspendu dans les airs durant de longues minutes. Comme aucun autre patient n’avait eu l’idée de venir user les fauteuils de la salle d’attente ce matin-là, Artemus plongea sans attendre dans la lecture du vieux magazine défraîchi. 

- Extrait du EERIE POST Hors-série N°13 spécial “America Obscura” daté du 30 Octobre 2000 -

Nous avons déjà vu beaucoup de choses étranges et inquiétantes dans ce numéro spécial qui explore la face cachée de l'Amérique. Mais au rayon bizarreries venues d'un autre temps, rien n'égale la Satan Belt, sorte de Bible Belt en réduction qui aurait basculée du côté obscur de la foi. Bien entendu, cela se passe en pleine campagne, dans l'un de ces bastions rétifs au progrès, typiques dans ce bon vieux sud. Située à l'est de Tromaville, la "grande ville" du coin, cette ceinture de Satan se compose de trois villages aux noms évocateurs, Widow, Omen et Perfusion (!), si l'on ajoute à cela que ces communes vivent dans l'ombre portée d'une montagne à l'allure ténébreuse, on comprend mieux pourquoi les esprits s'échauffent un peu vite par ici. Nous vous proposons un petit tour d’horizon de quelques faits marquants (et plutôt récents) s’étant déroulés dans cette région pas comme les autres. Liste non exhaustive, cela va de soi.  

A couper au couteau

Vaste fumisterie ou fait surnaturel ? La mystérieuse brume hurlante qui enveloppa Omen en 1938 fait incontestablement partie du folklore de la Satan Belt. Très peu d’écrits relatant cette tragédie sont parvenus jusqu'à nous, toutefois, on sait qu’un épais brouillard descendit du fameux Mount Fire pour envahir le village d'Omen durant la glaciale nuit du 16 au 17 mars 1938. 

Les quelques habitants de MountView, hameau à flanc de montagne surplombant Omen, attestèrent de la présence de cette épaisse brume sur le village jusqu’au petit matin. Ils témoignèrent également de coups de feu, de cris d’effroi et de rires hystériques s’en échappant. Sur les 536 âmes que comptait la bourgade à cette époque, seul 157 revirent la lumière du jour. Selon les archives de la police de Brahms, les corps retrouvés étaient pour la plupart mutilés et difficilement identifiables. Certains étaient brûlés, démembrés et, pour six d’entre eux, partiellement dévorés.

D’après les rares survivants de cette nuit d’horreur encore en vie aujourd’hui, certains habitants se seraient plaint d’entendre des voix dans la brume. Des murmures venus d’ailleurs, qui, se transformant en cris stridents, les auraient poussés au-delà des limites de la folie, les obligeant à commettre d’atroces meurtres pour se suicider ensuite. Une seule victime des murmures aurait miraculeusement survécu et fut internée à l'hôpital psychiatrique HollowGate de Tromaville. Elle resta, dit-on, enfermée dans un profond mutisme jusqu’à la fin de sa vie.

Si d’aventure vous passez par Omen, allez donc faire un petit tour à la taverne “The Foggy Child”. Car en plus d’y déguster une sélection de délicieuses bières locales, vous pourrez y lire ces quelques mots gravés au couteau sur le bois du comptoir par un poète inconnu : “Mon coeur sait quand arrive la brume hurlante, je dois m’en aller ce soir vers où se lève la brume hurlante”. Ces vers font froid dans le dos, car ils laissent entrevoir la possibilité que la brume hurlante puisse un jour revenir.

Dernier fait surprenant, cette même nuit fut également marquée par l’explosion et l’effondrement de l’artère numéro 4 de la mine d’argent de la Fudge Incorporated, située aux abords d’Omen. Cette artère avait été inaugurée en grande pompe quelques semaines auparavant par Salomon Fudge en personne. Le riche homme d’affaires périt également cette nuit là, bien que son corps ne fut jamais formellement identifié. 

Une faim de loup

“Happy Burger. Toujours Heureux ! Toujours Jeune !”

Rappelez-vous, un burger aux grands yeux pétillants faisait la ronde avec une dizaine d’enfants de toutes les nationalités. Si vous avez grandi dans les 80’s, ce slogan publicitaire a dû bercer votre enfance et accompagner vos sorties familiales.

Elue fast food de l’année en 1986 et 1987, la chaîne à l’effigie d’Harper le Burger était parvenu à faire trembler le géant McDonald, tant l’engouement des familles était grand. Les produits dérivés se vendaient comme des petits bagels et une superproduction en partenariat avec Disney narrant le combat du jovial Harper face au scélérat Roger McDogger était même sur les rails. Pourtant l’entreprise s’effondra subitement durant l’été 1988, ruiné par un obscur scandale sanitaire. 

Une légende locale raconte pourtant une toute autre histoire.

Le 18 mars 1988 restera dans les sombres annales des la Satan Belt. Alors que les clients du Happy Burger de Widow finissaient de prendre leur dose de gras et de cholestérol dominical, les enfants se seraient soudainement regroupés en une meute sauvage pour massacrer leurs aînés. 

Nous ne savons pas exactement comment s’est déroulée cette monstrueuse attaque, cependant tout porte à croire qu’un groupe d’adultes aurait réussi à s’enfermer et survivre quelques temps dans le fast food. Les légistes et nettoyeurs de scènes de crimes rapportent avoir observé des barricades de fortune, faites de tables et de chaises, qui, pour certaines, n’auraient pas résisté à l’assaut des gamins assoiffés de ce précieux sang chargé en triglycérides.

Des témoignages d’époque affirment que les enfants, alors devenus complètement fous, se seraient battus entre eux, livrés au cannibalisme et à l’automutilation. D’après un ancien chimiste de la firme pharmaceutique Russo Company, il pourrait s’agir d’un cas extrême d’autophagie. Ce qu’il ne dit pas, bien sûr, c’est l’implication possible de son ex-employeur de toute cette affaire.

Un escadron militaire, en exercice dans le secteur au moment des faits, fut le premier arrivé sur les lieux pour tenter de porter secours à d’éventuels survivants, sans succès. Quatre-vingt treize personnes dont cinquante-deux enfants perdirent la vie durant ce magnifique après-midi ensoleillé d'août 1988 dans l’unique cas de “rage infantile” qu’ait connu les Etats-Unis.

Aujourd’hui encore, le massacre du Happy Burger de Widow déchaîne les passions sur internet, du banal empoisonnement alimentaire jusqu’à l’expérience paramilitaire hors de contrôle, en passant par le classique effet secondaire de médicament, chacun y va de sa petite théorie. De quoi donner du grain à moudre aux complotistes de tous bords. Officiellement, aucune preuve tangible de ce massacre n’existe, le gouvernement ayant classé l’affaire Secret Défense.

Au milieu coule une rivière de sang

Jamais la petite ville forestière de Perfusion n'aura aussi bien porté son nom que le 31 octobre 1958. En effet, alors que la soirée d'Halloween battait son plein, la rivière alimentant la ville en eau potable prit soudainement une inquiétante teinte rouge sang. Malheureusement, l'eau empoisonnée et acide fit plusieurs victimes au sein d'un groupe d'enfants parti à la chasse aux friandises. S'il n'existe là encore aucune donnée officielle concernant le nombre exact de décès, les rapports médicaux d'époque évoquent des effets similaires à ceux du virus Ebola. La psychose s'empara alors rapidement de la paisible bourgade et des accusations de sorcellerie furent lancées à l'encontre des trois jeunes sœurs Niamas. 

Arrivée à Perfusion peu de temps avant les faits, la famille Niamas vivait repliée sur elle-même, s'attirant ainsi l'animosité des autochtones déjà peu enclins à accueillir les étrangers. L'histoire pourrait s'arrêter là, mais étonnement ces accusations d'un autre temps furent prises au sérieux par les autorités locales. Au terme d'un éreintant procès de plusieurs semaines, le tribunal de Tromaville livra un verdict sans appel. Faute d'une défense digne de ce nom, les trois sœurs furent condamnées au bûcher. Présidée de manière officielle par Boris Gibbons, le maire de Perfusion, la cérémonie d’exécution eut bel et bien lieu sur la place centrale du village, un an jour pour jour après les faits, le soir d'Halloween 1959. En quittant le village sous les insultes et les crachats, la mère des trois jeunes sœurs promit une vengeance terrible. Le procès Niamas fut le dernier cas de condamnation pour sorcellerie recensé aux États-Unis.  

Durant les années 80, face à l’appât du gain et pour profiter pleinement de la légende locale, l'ancienne demeure des sœurs Niamas fut transformée en une Terror House particulièrement rentable. Mais le soir d'Halloween 1989, alors que les cars déversaient leurs incessants flots de touristes saisonniers, un incendie redoutablement violent a entièrement détruit le macabre édifice. On dénombra 17 morts, dont les trois filles de Boris Gibbons, alors propriétaire des lieux. De quoi donner du poids à la prophétie vengeresse de la mère Niamas.

Pour en finir

Il y a tant d’histoires encore à raconter sur cet endroit perdu dans les profondeurs noires de l’Amérique, qu’il nous faudrait un numéro spécial tout entier consacré à Tromaville et ses environs pour en faire l’entière revue. Si l’on en croit Oscar Lazarus, l'atypique médecin local, l’endroit possède encore beaucoup d’autres secrets obscurs. Mais peut-on réellement faire confiance à cet homme qui officie dans un cabinet des curiosités fait de bric et de broc, dont les étagères mélangent pop culture et bizarreries monstrueuses sans le moindre discernement, le tout au milieu d’un mobilier hors d’âge ? Le plus étonnant à propos de ce bon docteur, reste encore le spectacle qu’il nous offre lorsqu’il se métamorphose en conteur (de la crypte), pour nous narrer goulument les légendes les plus lugubres de sa région. Comme un enfant le soir d’halloween, il se lance alors dans des histoires faites de cimetière indien, de monstre du lac ou de tueurs psychopathes, des histoires comme autant de témoins de la richesse du folklore local. Des histoires dont Oscar Lazarus affirme avec véhémence qu’elles sont toutes authentiques !


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