SAISON 2 - EPISODE 1

DESTINATION TROMAVILLE


Mon cher Artémus,

Voilà plusieurs semaines maintenant que tu as pris tes fonctions de médecin à Tromaville. J'espère que tout se passe bien pour toi. Quand nous nous sommes quittés, un peu précipitamment je le concède, tu semblais enthousiasmé par mes archives, un peu trop même, une euphorie à mettre sur le compte de l’alcool que nous avons bu. Cependant, j’ai bien remarqué que tu ne prenais pas ça très au sérieux, mais il le faut. Certes, j’ai rédigé chacun de mes dossiers comme un récit, mais tout est vrai. Inconcevable mais authentique. Garde bien ça à l'esprit Artémus, sinon Tromaville t'engloutira. Vivre dans cette ville et ses environs, c’est vivre dans une autre dimension aux règles bien moins strictes. Le scepticisme de rigueur ailleurs n’a aucune valeur à Tromaville, il te perdra, débarrasse-t’en, je t’en prie mon ami. J’ai oeuvré ici durant plus de quarante ans, je sais de quoi je parle…

Je me suis vu en toi Artémus, jeune et plein de fougue, droit dans ses bottes et ses convictions. Je me suis vu en toi, et ce n’est pas un compliment… Moi aussi j’étais sceptique, moi aussi cela m’amusait, moi aussi j’ai pris mon prédécesseur pour un fou !

Jusqu’à mon arrivée dans cet endroit malade, j’ai toujours trouvé une explication rationnelle aux énigmes me faisant face. Durant mes premières années à Tromaville, je me suis arraché les cheveux à développer les méthodes scientifiques les plus strictes et reproductibles possibles, mais aucune n’avait la moindre valeur. Cet endroit fonctionne de manière absurde, tu dois donc raisonner de manière absurde toi aussi.

Je t’ai laissé mon fidèle attaché-case de cuir noir, il est dans le coffre-fort derrière l’affiche de Nosferatu, le code est le suivant : 1151983. La mallette possède un double fond bien utile, tu y trouveras de l’eau bénite, une solution à base d’ail, un .44 Magnum avec des balles en argent et toutes sortes d’antidotes de mon cru. Crois-moi, cela te sera tout autant utile que le traditionnel éventail de médicaments, d’antidouleurs et autres anesthésiants. 

Avec mes salutations les plus vraies,

Ton prédécesseur, Oscar Lazarus. 

P.S. Il y a une mignonette remplie d’un liquide verdâtre dans le coffre, pourrais-tu me l’envoyer par la poste, mon adresse est au dos de l'enveloppe. J’ai un problème de rats dans mon manoir, et c’est, paraît-il, le produit idéal pour ça !

---

Cher Dr Lazarus,

Voici votre précieuse mignonette, franchement ce truc pue la mort, j’ai même craint pour la santé du facteur ! Vous ne devriez pas utiliser ça, aucun rat, même le plus répugnant, ne mérite un tel sort ! Prenez-le comme un conseil d’ami que je vous donne en retour...

Pour l’instant tout va bien au cabinet, les gens de Tromaville sont, certes un peu rustiques, mais ce n’est aucunement la foire aux monstres dont vous m’avez fait la publicité ! Je crois que globalement le courant passe plutôt bien entre eux et moi, à l'exception peut-être, de quelques uns de vos disciples les plus fidèles… Un soir, après avoir soigné le petit dernier de la fratrie, j’ai été invité à dîner à la table de la famille Noonan, des notables pour le moins atypiques mais tout à fait délicieux. A la différence de cet affreux soda qui a fait leur fortune. Quelle horreur ! Vous devriez donner ça à vos rats, d’autant qu’ils m’en ont refilé deux pleines caisses en cadeau ! 

Vous serez ravi d’apprendre que le comté de Willoughby est en train de faire reconstruire à l'identique le CBO. Les élus, enfin surtout le maire de Brahms à vrai dire, ont bataillé sec pour avoir le maximum de subventions. Vous aviez absolument raison sur un point, certaines choses sont immuables.

Quoiqu’il en soit, ne vous inquiétez pas, même si je préfère me forger ma propre opinion, je vais lire vos dossiers avec la plus grande attention. C’est juste que je n’ai pas vraiment eu le temps de me poser ces dernières semaines… Mais dès ce soir, je vais descendre à la cave, prendre une bonne bouteille de Porto, merci encore du cadeau, et commencer à m’y intéresser de plus près. Le promoteur en charge de la construction de l’immeuble qui abritera mon futur appartement en ville ayant pris du retard, j’occupe actuellement la remise du cabinet. C’est spartiate, mais je ne vous apprends rien. Vos dossiers seront désormais mes lectures de chevet.

A présent, cessez de vous faire du mouron et profitez enfin d’une retraite bien méritée. 

Amicalement,

Votre successeur, Artémus Jonas.

P.S. La prochaine fois, utilisez le téléphone.


EAT OR HIT

Commentaires

Articles les plus consultés