FOR A FEW SHORT STORIES MORE #2


Hello Kiddies !!! Bienvenue dans Pour quelques histoires courtes de plus, notre petit rendez-vous secret et sanglant. Entrez donc dans la chaufferie, mon macabre missel regorge d'histoires toutes plus terrifiantes les unes que les autres. N'avez-vous jamais eu l'atroce sensation d'être observé par quelque chose d'impalpable, d'invisible, de furtif ? Vous vous dites sans doute que ce n'est que le fruit de votre imagination débordante... Vraiment ? En êtes-vous bien sûr ? Notre petite histoire de ce soir s'intitule : Il m'observe depuis le balcon.

MY BALCONY STALKER

Il m’est apparu pour la première fois une nuit très tard, alors que j’éteignais toutes les lumières de mon appartement, ainsi que la dernière bougie afin d'aller me coucher. Il est passé furtivement, juste une ombre filant sur mon balcon, dessinant une silhouette floue dans la pâle lumière de l’éclairage public. A cette époque, j'habitais au troisième étage d'un vieil immeuble en plein centre-ville et j'avais pris pour habitude de ne fermer le volet de la baie vitrée qu'à moitié. Avec le matou qui allait et venait toutes les cinq minutes, il était inutile d’espérer le descendre jusqu'au bout. Sauf à créer une mutinerie chez le greffier. Cette nuit-là, sur les coups de minuit passé, le chat s'était mis à cracher contre la fenêtre et à faire le dos rond, avant de courir comme un fou dans tout l'appartement. Quelque peu affolé par le coup de sang de ce pauvre Egon, je me suis à mon tour approché de la baie vitrée pour voir ce qui pouvait tant affoler mon vieux chat. Rétrospectivement, je sais qu’il était là, mais sur le coup je n’ai pas eu peur. Après tout, ça n’était rien qu’une ombre, une ombre comme une autre, quand bien même elle dessinait une vague silhouette. Il n'y avait aucune raison de paniquer. Alors je suis simplement allé me coucher, en me disant que c'est tout de même sacrément stupide un chat.

J'avais tort, tellement tort.

Quelques mois plus tard, lors d’une froide nuit d’hiver, alors que j'avais totalement oublié cet épisode, que je considérais par ailleurs comme parfaitement anodin, l'ombre est repassée. Mais plus longuement cette fois, faisant même une escale prolongée sur le balcon. Cette nuit-là, j'aurais juré devant témoins qu'un homme se tenait juste derrière la baie vitrée. J’avais pu entrevoir son reflet dans la télévision, lors d’un furtif écran noir entre deux publicités. Évidemment, comme le volet était à moitié fermé, je n'avais distingué que deux maigres jambes. Lorsque j'ai tourné la tête, plus fébrilement que la fois précédente, je dois bien l'admettre, la silhouette avait disparu dans la nuit. S'évaporant comme des volutes de fumée échappées d’une cigarette au tabac gras. Cette fois, le chat ne réagit pas, bien trop occupé à ronfler comme un moteur diesel près du radiateur. J'essayais de me rassurer comme je pouvais, me disant qu’il s’agissait sans doute de l’ombre portée d’un arbre du square d’en face, que je me faisais trop d’idées et que je lisais sans doute aussi trop les histoires à deux balles de Cabin of Fear.

Encore une fois j’avais tort, il allait revenir.

Il se tient en ce moment-même à quatre pattes devant la fenêtre, arborant un large sourire garni de plusieurs rangées de dents pointues recouvertes d’une épaisse bave noire. Il fixe l'intérieur de l'appartement de ses grands yeux entièrement blancs et vides. Je suis prostrée contre le mur opposé, dans l’obscurité la plus totale, accroupie sur le sol, serrant le chat dans mes bras. Dans ces conditions, il ne peut certainement pas nous voir, mais il nous sent, Egon et moi. Ses grandes respirations saccadées projettent de larges traînées de buée sur la vitre du balcon. A mesure qu’il renifle, qu'il nous renifle, son sourire se fait toujours plus carnassier. Il court désormais sur toute la largeur de son atroce visage mutilé, remontant jusqu’à ses immondes oreilles qui pendent comme des lambeaux de chair. Je crois bien qu’il vient de deviner notre position. 

Il ricane. 

Je rampe sur le sol, Egon vient de s'échapper toutes griffes dehors, il a disparu dans la chambre à coucher en un éclair. Je tâtonne sur le parquet, il me faut à tout prix retrouver la télécommande du volet électrique. Tandis que j'essaye d'être la plus discrète possible, les phares d'une voiture qui passe dans la rue en bas se mettent à balayer la pièce d'une pâle lumière blanche. Alors, comme une prisonnière en pleine évasion, je fais tout pour éviter le faisceau lumineux, au prix d'improbables et douloureuses contorsions. Au moins, la lumière m'aura offert l'avantage de révéler la position de la précieuse télécommande. Manque de bol, elle est sur le canapé, à plusieurs mètres de moi ! Je sais qu’il guette, qu’il observe toujours et que le moindre mouvement un peu trop ample pourrait l'exciter. Je sais aussi que le store n’est pas une protection inviolable, mais chaque rempart supplémentaire est une petite victoire. Une fois le volet entièrement fermé, je pourrai enfin rallumer mon smartphone, appeler les flics et fuir. Mais avant ça, il va falloir ramper jusqu'au canapé, centimètre par centimètre.

Il observe et ricane.

Après plusieurs interminables minutes, j'arrive enfin à saisir cette foutue télécommande et presse aussi fort que possible le petit triangle de caoutchouc noir. Le bruit électrique du moteur qui s'enclenche me fait pousser un grand soupir de soulagement. Mais lui résiste. Il glisse ses longs doigts arachnéens et arthritiques entre le volet roulant et la vitre, puis se met à tirer de toutes ses forces. Il s'agite tel un animal féroce, poussant de longs râles étouffés tout en raclant la baie vitrée, dans un atroce son strident. J’entends ses vieux os qui craquent comme du bois sec.

A cause de la sécurité, le store s’arrête avant de remonter entièrement.


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