FOR A FEW SHORT STORIES MORE #1


Hello Kiddies !!! Ce n'est que moi, l’inquiétant agent d'entretien de la Cabane de la peur, entrez donc dans la chaufferie avec moi, j'ai de succulentes surprises rien que pour vous. Ne me dites pas non, je connais votre goût prononcé pour la chair crue et l’hémoglobine fraîche. En attendant l'arrivée de la deuxième saison, je vous propose de ronger votre os (je vous conseille le fémur) avec quelques histoires sordides de mon cru. Je vous souhaite donc la bienvenue dans Pour quelques histoires courtes de plus, notre petit compte morbide du soir s'intitule : Un bouquet de salopes...

A BUNCH OF WHORES

Aussi loin que je me souvienne, Jason nous a toujours collé dans des plans foireux. Tout petit déjà, c'est lui qui nous incitait à piquer des bonbons chez l'épicier ou à pisser dans le confessionnal de l'église. C'est aussi lui, encore et toujours, qui avait su trouver les mots pour convaincre le timide Arnie de planquer des caméras dans les cabines d'essayage du magasin de son vieux. Mais lorsqu'il s’agissait d'assumer les conséquences de ses actes, il savait toujours négocier pour que la merde retombe suffisamment loin de lui. Jamais une éclaboussure. Jason aurait vendu une chaîne stéréo à un sourd. Et pour tout dire, nous étions tous des sourds à la recherche d'une chaîne stéréo. Car dans le fond, il faut bien l'admettre, on était trop heureux de le suivre dans ses combines à la con. Jason avait un an de plus que nous, c'était donc de facto le leader de la bande. Avec lui, quoiqu'on fasse, on avait l'impression qui rien n'était grave. Mieux, à ses côtés nous étions immortels, Arnie-la-trouille, Greg, Pete et moi.

L'été cognait dur et la soirée avait parfaitement débuté, Jason fêtait ses dix-neuf ans et son père venait de lui offrir une Ford Mustang Fastback verte de 1968 parfaitement restaurée. La même caisse que Steve McQueen dans Bullitt. Une nouvelle preuve de ses habiles talents de négociateur, jamais nos vieux ne nous auraient payé un pareil bolide. Nous ne tardâmes pas à nous entasser à cinq dans la bagnole, direction Perfusion et ses bars à putes. "C'est pas joli à voir, mais c'est pas cher !", voilà ce que répétaient, génération après génération, les gosses de riches des beaux quartiers de Tromaville. Mais en réalité, aucun d’eux n'avait jamais foutu les pieds dans les bars à putes de ce bled paumé et poussiéreux qu'est Perfusion. Nous nous apprêtions donc à entrer dans l'histoire tels des pionniers du sexe douteux et des MST exotiques.

Devenir une légende pour les Kids du quartier, c'était ça la véritable obsession de Jason. Tout en conduisant d'une main, il alluma un joint, avala d'une traite une canette de Budweiser tiède et appuya de plus belle sur la champignon. A chaque virage la Ford Mustang se rapprochait toujours un peu plus du bas-côté. Mais, miraculeusement, notre équipage arriva à destination sans la moindre égratignure. Faut croire que la chance sourit aux crétins, enfin... 

Une fois sur place, les choses sont rapidement devenues très floues. Perfusion, ses bars, ses putes et le départ prématuré d'Arnie, tout semblait soudain s'être noyé dans un océan d'alcool et dans l'épaisse fumée de cette foutue weed à la con. Une herbe génétiquement modifiée que Jason avait dégoté chez un fermier du coin. Un truc à vous décalquer le cerveau en deux taffes tout en vous laissant des séquelles à vie. Je me souviens juste d'avoir cherché Arnie-la-trouille dans toutes les chambres du Bunch of Whores, un hôtel de passe minable, avant de m'effondrer.

Combien de temps ai-je été inconscient ? Et quelle est cette atroce douleur qui transperce ma colonne vertébrale ? Me voilà nu comme un ver dans une cave humide, échoué sur un sol poisseux et glacé, les bras attachés dans le dos, un torchon sale puant la pisse enfoncé dans la bouche. Je suis paralysé, j’ai peur, j’ai froid. Arnie-la-trouille, Jason, Greg, Pete et un tout tas d'autres mecs me font face, ils sont suspendus à des crochets de boucher, raides morts. Leurs grands yeux ronds, dépourvus de vie, semblent regarder derrière moi, comme pour m'avertir piteusement d'une menace imminente. J'entends des bruits de pas qui se rapprochent, des talons aiguilles qui claquent sur le béton, puis deux voix féminines.

- Tiens, celui-ci est encore tombé !
- C'est de la viande de mauvaise qualité, il va falloir le passer au hachoir pour espérer le vendre.
- J'appellerai Louvelda demain matin, elle n'est pas trop regardante sur la qualité, tant que le prix est correct.
- Elle sert toujours des burgers et de la mauvaise bière à des routiers affamés ?
- Que veux-tu, nourrir ces gros porcs dégueulasses c'est une sorte de vocation pour elle...
- Alors ça fera amplement l'affaire. 


EAT OR HIT

Commentaires

Articles les plus consultés