SAISON 1 - EPISODE 9



Dans ce numéro de La Cabane de la peur nous faisons une nouvelle fois étape dans les environs de Serlingtown, un bien étrange endroit... N'hésitez pas à vous servir de la carte mise à votre disposition mes petits zombies pourrissants !

LA PEUR DES ZOMBIES


«  Il faut vraiment que tu lises ça Corey, c'est complètement fou !
- C'est quoi ce vieux bouquin qui pue le moisi ?
- Je l'ai trouvé dans la cave de mon grand-père, il a une caisse pleine de vieux livres dans la chaufferie.
- Les étranges histoires de Serlingtown et de ses environs. Super ! Il y a quelque chose sur Adhonfield dedans ?
- Page 132, c'est trop cool tu verras.
- La Peur des zombies d'Adhonfield ?! C'est dément Billy ! Il y a vraiment eu une invasion de Zombies dans le village ?! Je parie que ça vient de l'ancien cimetière, celui avec les grilles cadenassées près de la vieille baraque flippante…
- Lis, tu verras bien. »

La Peur des zombies d'Adhonfield

Durant l'été 1839 les habitants d'Adhonfield ont du apprendre à cohabiter avec la mort. Même s'il ne reste que très peu de traces écrites de cet épisode macabre dans la presse régionale (voir reproduction ci-contre), certains historiens locaux attestent de la véracité de cette histoire rocambolesque qui a conduit les vivants à combattre les morts.

Le 19 juin 1839 au matin, alors que la majorité de la population se pressait sur la grande place du village, pour y faire le plein de provisions lors du marché hebdomadaire, celle-ci fut la cible d'une attaque pour le moins particulière. En effet, les morts du cimetière étaient sortis de leurs tombes pour former une armée des plus voraces, bien décidée à ne faire qu'une bouchée des vivants. Selon les sources, cet assaut surprise fit entre dix et cinquante morts parmi les habitants d'Adhonfield, les défunts s'en allant tout naturellement grossir les rangs des assaillants.

Rapidement, le chaos s'installa sur la commune, les survivants avaient beau faire front et rester solidaires, bientôt ils seraient en infériorité numérique. Le prêtre célébra, paraît-il, de manière informelle, une sorte de grande messe de l'Apocalypse dans l'église transformée en fragile bastion sur le point de rompre.

C'est Joshua Abboth, le croque-mort du village, dont le descendant exerce aujourd'hui encore le même métier à Adhonfield, qui trouva la parade. Lui qui pour des raisons professionnelles vivait dans une maison attenante au cimetière, avait constaté que les morts n'y venaient jamais, même lorsque ces derniers semblaient affamés, comme paniqués à l'idée de devoir retourner dans leurs tombes. Rapidement les survivants se réfugièrent à l'intérieur du cimetière, y établissant un siège durant les mois d'été.

La vie dans ce camp de fortune érigé au beau milieu des pierres tombales n'était certes pas des plus faciles, mais les enfants continuaient à jouer malgré tout, comme si de rien n'était. Il fallait cependant faire fi de l'odeur de chair pourrissante des morts rôdant autour du cimetière, mais aussi rationner la nourriture et l'eau, le maigre potager de Joshua Abboth, ainsi que son puits, n'étant pas vraiment adaptés.

A la fin de l'été, la plupart des morts-vivants avaient pourri sur place, la canicule recensée cette année-là ayant fortement accéléré leur processus de décomposition. Une fois les ultimes rétifs anéantis et leurs restes à nouveaux enterrés dans le vieux cimetière, les survivants d'Adhonfield purent profiter d'un automne radieux, se promettant de ne plus jamais faire référence à cet épisode morbide de l'histoire de la commune. Le cimetière déclaré maudit fut condamné.

« Trop génial Billy !
- Je savais que ça te plairait, je préviens les autres, ce soir nous partons en expédition dans le vieux cimetière pour une chasse aux zombies.
- Ne dis rien à Butler, il va vendre la mèche ce pétochard... 
- T'inquiète pas pour Butt-tête de cul, je comptais pas le prévenir de toute façon. Mais pense à prendre une lampe torche, moi je ramène une pioche. Et puis en rentrant chez toi, si tu passes devant chez Franck, demande-lui de prendre le calibre de son vieux, on ne sait jamais.
- Ça roule Billy.»

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RECORD STORE


On a tous entendu ces histoires à la con à propos de disques, qui une fois passés à l’envers, offrent de vibrants messages sataniques ou une énième révélation sur la mort de Paul McCartney. Dans la très grande majorité des cas, ce sont de banales légendes urbaines usant d’un phénomène naturel appelé la paréidolie auditive, d’autant plus que les mecs qui passent leurs disques à l’envers, ils sont globalement un peu là pour trouver un message caché, quitte à s’arranger un chouia avec la réalité. Cependant, cette histoire s'est passée à Serlingtown… et ici quand on croit entendre un truc chelou, c’est bien souvent qu'il y a un truc chelou.

Extraits des notes (étonnamment dissertes pour un mec peu bavard) du détective H.Rhodes

Hier, la vieille Steinmetz a fait appel à moi car elle trouve que son petit fils Lars devient de plus en plus bizarre de jour en jour. Comme d’habitude dans ces affaires d’adolescents, il y a deux pistes à privilégier: la drogue et le metal. Les trucs de base, le genre d’enquête facile qui rapporte un max. “Easy peasy mon con, voilà qui paiera le whisky”. Détective privé, c’est comme médium, c’est un métier qui attire le pigeon. Donc la drogue, dans 90% des cas, c’est LA solution, un peu comme pour les affaires de meurtre, lorsqu'il s'agit d'une femme, tu peux être sûr que c’est le mari. Basta cosi, merci, de rien, par ici la monnaie. Et puis la musique metal bien sûr, un sacré bouc émissaire, ça fonctionne aussi avec le rap, mais le petit Steinmetz est plutôt du genre drapeau confédéré et suprémacisme blanc, toutes ces conneries, donc la “musique de nègres”, on raye.

Concernant la première piste, il s'avère que niveau drogue, le gamin est un véritable saint, jamais d’alcool, pas un joint de weed, que dalle ! J’en suis presque navré pour lui. C'est en me penchant sur ses goûts musicaux que j'ai constaté qu'il y avait un loup. Lars Steinmetz n’a dans sa collection de disques que des albums de Country chrétienne, le tout en glorieux vinyles soigneusement rangés par ordre alphabétique et sous pochettes plastiques. Depuis quelque temps déjà, il dilapide l’intégralité de son argent de poche chez St Vitus Vinyl, le spécialiste de la musique religieuse, situé au 24 Furnier Street.

Ce matin, le jeune Steinmetz s’est pointé devant son ancien lycée et a buté douze personnes avec un shotgun tout en récitant calmement un verset du Livre d’Ezéchiel, la bonne ambiance. Le plus glaçant, c’est qu’il n’a pas tué au hasard, comme c’est souvent le cas dans ce genre de tragédies, non, ce dégénéré n’a exécuté que des non-baptisés. Cette affaire s'annonce plus complexe que je ne le pensais. Je vais me refaire sur les notes de frais, d'autant que Mamie Steinmetz voudra sans doute avoir des réponses une fois le choc passé.

Du coup, aujourd'hui je suis allé rendre une petite visite à ce disquaire pas comme les autres. J'ai bien fait. En franchissant la porte de son échoppe, deux choses m’ont immédiatement frappées, d’abord cette horrible odeur d’encens et ensuite l'impressionnant ratio de jeunes qui farfouillaient dans les bacs en plastique dégueulant de disques. Depuis quand tous les ados du quartier s’intéressent-ils à la Country chrétienne ? Bordel de merde, v'la la nouveauté ! J’étais pas bien à l’aise, d’autant plus que tout le monde dans cet endroit de malheur me dévisageait. J’ai rapidement chopé quelques disques dans le bac qui semblait attirer toutes les convoitises, puis j’ai filé à la caisse. Le patron me toisa avec mépris puis encaissa mes achats, non sans me lancer un dernier regard noir, avec ses yeux de prédicateur cinglé. La grande croix de bois située derrière le comptoir me colla des frissons elle aussi, j'avais soudain l'impression d'être jugé pour tous mes vices et mes péchés.

Cette nuit, en écoutant cette infâme musique de bouseux, au casque et avec un verre de whisky, j’ai ressenti un profond malaise. Quelque chose de très physique, comme une intoxication alimentaire ou un truc dans ce genre. Rapidement et bien malgré moi, je me suis retrouvé à passer chaque disque à l’envers, à la recherche du moindre message subliminal. Moi qui trouvais ce genre de pratiques parfaitement ridicules, me voilà passant la nuit entière à m’esquinter les oreilles en écoutant des albums de merde dans le mauvais sens. Et pourtant, il fallait me rendre à l’évidence, les messages cachés à la gloire de Dieu étaient bel et bien réels. Un véritable travail d'évangéliste, du genre à placer le grand patriarche avant tout autre chose sans la moindre espèce de concession. La voilà ma piste, providentielle si j'ose dire, quand ce n'est pas la drogue, c'est la musique ! 

(Cette dernière partie est écrite de manière plus frénétique, à certains endroits, la pointe du stylo a perforé le papier du calepin)

La nausée disparaît. Encore de la répulsion. J'écoute cette musique de plus en plus fort. Plus besoin de whisky, ma vision est claire maintenant ! La lumière ! La lumière en moi ! LA LUME LA LUMIÈRE…

Note pour plus tard: Acheter d'autres disques.

Extrait d'un enregistrement vocal du détective H.Rhodes 

“ Donc c'est bon, 500 dollars plus les frais et vous pourrez me dire si ma femme me trompe ?
- Je suis détective privé monsieur, c’est la base de mon métier.
- Je me fais sûrement des idées, mais…
- Il n’y a pas de fumée sans feu comme on dit... Rebecca et vous êtes mariés depuis combien de temps monsieur Birack ?
- Cela fait plus de vingt ans... vingt-trois ans en mai pour être plus précis.
- Je ne supporte pas que l’on déshonore la parole donnée au Seigneur !
- Euh...
- Je vous jure devant Dieu que je vais faire le nécessaire !”

Le Serlingtown Morning du 23 mars titrait "Le détective tue une femme adultère", mais l'article ne donnait pas vraiment d'explications quant aux motivations du tueur. Le détail sordide que le journaliste s'était étrangement bien gardé de rapporter, c'est que lorsque H.Rhodes fut abattu par la police, il récitait calmement un verset du Livre d'Ezéchiel.   

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'79 COMEBACK SPECIAL


« Monsieur Esposito, sachez que c'est un honneur de vous recevoir chez Osbourne Books pour dédicacer votre dernier livre.
- Appelez moi Joe, Monsieur Esposito c'était mon père… Quand les jeunes filles commencent à vous appeler « Monsieur » ça sent sacrément le sapin !
- Ah ah ! Parfait. Dans ce cas, veuillez me suivre Joe, je vais vous montrer la table des dédicaces. Désirez-vous un café ou autre chose ? Une petite collation peut-être ?
- Puisque c'est proposé si gentillement, je voudrais bien un café très serré et un sandwich banane-beurre de cacahuète, pour l'hommage.
- Je comprends Monsieur Espo… enfin je veux dire Joe. Et puis, c'est le genre de détails qui plaira aux fans.
- Take Care Of Business… comme à la belle époque.
- A propos du King, j'ai ici un livre que vous devriez absolument lire.
- Faites voir ça. Les étranges histoires de Serlingtown et de ses environs, très bien, j'aime les légendes locales, mais en quoi cela concerne-t-il Elvis ?
- Page 244. Vous ne serez pas déçu du voyage. »

'79 Comeback Special

Le 16 août 1979, soit pile deux ans après la mort d'Elvis Presley, les habitués du Slim Loomis Joint de Renegade ont assisté sans se douter à l'ultime concert de ce dernier. Croyant avoir affaire à un sosie, la faune alcoolisée de ce bar peu fréquentable n'a dans un premier temps pas vraiment prêté attention au numéro de l'artiste. Mais c'était sans compter sur la capacité du King à hypnotiser les foules, et ce même dans un petit bar, loin des stades, aux origines du Rock'n'Roll, accompagné d'une formation réduite composée de musiciens locaux.

Les spectateurs comme les musiciens attestent de l’authenticité de cette apparition providentielle.
« Ce n'est pas qu'une simple légende de plus » affirmait, au lendemain de l’événement, le guitariste recruté pour l'occasion au Renegade Post, un journal local. (Voir reproduction de l'article ci-contre) Malin, Jim Douglas, le patron du bar aurait même enregistré la prestation sur son magnétophone à bandes. Tous les spécialistes du King ayant eu accès aux enregistrements sont unanimes, c'est bien un concert improvisé du véritable Elvis, au meilleur de sa forme, qui a été capté ce soir-là.

Aujourd'hui, Jim Douglas jure ne plus être en possession des fameuses bandes magnétiques tant convoitées. Toujours selon ses dires, elles lui auraient été confisquées par la CIA. Cependant, dans le milieu des Bootleggers, la légende d'un double album vinyle intitulé « '79 Comeback Special » enregistré pile deux ans après la mort du King demeure tenace. Dernier fait pour le moins étrange, les registres du motel Renegade Inn mentionnent qu'une chambre fut réservée au nom de John Burrows la nuit du 16 août 1979, un nom d'emprunt souvent utilisé par Elvis Presley et qui ne fait pas illusion parmi ses admirateurs les plus fidèles.

Quant à la question des photos prises durant le concert, elles sont bien évidemment toutes floues. Comment aurait-il pu en être autrement avec les photographes amateurs éméchés du Slim Loomis Joint ?

« Alors, qu'en pensez-vous Joe ?
- Pas grand chose à vrai dire. Rien dans ses écrits ne constitue une véritable preuve. Ce n'est qu'un bouquin sur des légendes locales de plus… Vous savez, Elvis n'était pas le King pour rien, sa mort fut un drame pour beaucoup de monde, si bien qu'en Amérique, il existe une légende de ce type pour chaque petite ville. C'est ainsi. Et si l'on devait tout compiler sur papier, il nous faudrait abattre la forêt équatoriale tout entière.
- Mais ici, à Renegade ou Serlingtown, c'est différent.
- Si vous le dites…
- Lisez le reste du bouquin, restez quelques jours et vous comprendrez que par chez nous…
- Pardonnez-moi de vous couper, mais les gens commencent à arriver pour la séance de dédicace. »


EAT OR HIT
La Peur des Zombies est inspiré d'un cauchemar de la sœur d'un des auteurs. 

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